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 Bienvenue sur "Web Song": Site de chroniques musicales pour progueux et autres grands mélomanes.

Le site est en construction permanente et il est à nouveau en activité (après une pause trop longue à mon goût). Néanmoins, on peut déjà voir les albums qui seront chroniqués même si les chroniques sont, encore, en construction! A ce jour, le site possède 48 chroniques complètes. Bonne visite!

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Yes: Relayer (Rock progressif)

   Relayer (Yes/1974)  




Tales From Topographic Oceans fut le premier faux pas dans l'oeuvre de Yes. A l'écoute de cet indigeste double album constitué de quatre morceaux de vingt minutes chacun, on peut comprendre pourquoi certains critiques de musique rock ont la nausée dès qu'ils entendent quelqu'un parler de rock progressif et plus précisemment de Yes. Pour la première fois de sa carrière, Yes avait sombré dans les torts de la musique progressive: prétentions symphoniques, morceaux fleuves pompeux, démonstrations techniques stériles et masturbatoires... Après avoir atteint des sommets, plus qu'honnêtes d'un point de vue artistique, avec des albums comme Fragile ou Close To The Edge, le groupe commença une décrépitude artistique de plus en plus terrifiante comme en témoignent ses futures parutions (l'épouvantable Going For The One en 1977). Néanmoins, le groupe, au bord du gouffre, arrive, encore, à offrir à son vaste public (je rappelle pour les béotiens que Yes fut un des groupes britanniques les plus populaires de sa génération, même si il est moins resté dans les mémoires que Pink Floyd ou Led Zeppelin) une oeuvre puissante (la dernière!) en cette belle année 1974 où les classiques progressifs sont particulièrement présents (Starless And Bible Black, The Lamb Lies Down On Broadway, Rock Bottom, Red).

Après s'être baigné dans les eaux, peu enviables, des océans topographiques, le claviériste Rick Wakeman (musicien le plus réputé de la formation; son album solo, Journey To The Center Of The Earth, est en tête des charts britanniques) décide de quitter le groupe. Yes est, alors, privé d'un excellent musicien et se retrouve dans une situation semblable à celle de 1972, lors du départ du batteur Bill Bruford pour rejoindre King Crimson, après la sortie de Close To The Edge. Rick Wakeman est, donc, remplacé par le suisse Patrick Moraz. Ses sonorités fluides, jazz voire latino s'intégreront parfaitement à la musique de Yes. Le quintet Jon Anderson/Steve Howe/Chris Squire/Alan White/ Patrick Moraz est, dès lors, prêt à retourner en studio pour l'enregistrement de leur septième album. Le groupe revient, pour ce disque, au format, particulièrement efficace, de Close To The Edge : une face de la galette est entièrement recouverte par un long morceau épique, l'autre occupée par deux morceaux d'environ dix minutes. L'ensemble dévoile une oeuvre assez étonnante pour un album de Yes. Relayer est le mélange parfait entre le lyrisme mélodique de Close To The Edge et la fougue rock et dynamique de Fragile, le tout en bien plus expérimental! Car, en effet, Relayer est le disque le plus audacieux, le plus avant-gardiste, le plus dangereux de toute la carrière de Yes. Un repoussoir idéal pour les plumitifs allergiques au rock progressif, un délire sans queue ni tête pour certains, l'album le plus authentique (avec Fragile) du groupe en ce qui me concerne.


La galette s'ouvre, donc, sur un long morceau de 21 minutes nommé The Gates Of Delirium (chanson qui porte, divinement, bien son nom, c'est en effet le morceau le plus délirant de toute la carrière de Yes). Le titre est un collage parfaitement maîtrisé de différents thèmes riches et variés (contrairement au fameux Supper's Ready de Genesis qui manque, cruellement, de cohérence dans le collage des différentes sections). Le morceau s'ouvre sur une magnifique mélodie dynamique et accrocheuse qui enchaîne sur un passage free des plus étonnants! La basse de Chris Squire pousse des grondements lugubres, la batterie d'Alan White montre, à la fois, une incroyable précision (digne de son prédécesseur Bill Bruford) et une époustouflante sauvagerie animalière. Mais surtout, la guitare de Steve Howe n'a jamais été aussi endiablée, elle évolue dans des registres surprenants et se montre, par moment, très ouvertement heavy ! Le final Soon, oh Soon... d'une sérénité majestueuse apaise, un peu, les oreilles de l'auditeur. La seconde face, quant à elle, contient deux morceaux: une médiocrité et une merveille. On commence par la médiocrité: Sound Chaser. Ce morceau rappelle, un peu, les pires moments de Tales From Topographic Oceans et sombre très vite dans des improvisations trop évasives et superficielles pour qu'elles retiennent notre attention. Heureusement pour nous, chers lecteurs de Web Song, Relayer se referme sur une perle de toute beauté: To Be Over. Petite merveille mélodique où la guitare de Steve Howe est, une fois de plus, étincellante.

Objectivement, je ne considère pas Relayer comme un chef-d'oeuvre. C'est un disque qui a les défauts de ses qualités. Si la musique du groupe n'a jamais été aussi audacieuse et expérimentale, on peut, néanmoins, lui reprocher de s'égarer à certains moments dans des impasses musicales qui ne mènent nulle part. Mais, objectivement toujours, cet album mérite d'être écouté car il propose des morceaux de bravoure de grande qualité. Relayer clôt l'âge d'or de Yes, mais c'est aussi un des disques qui ferme l'âge d'or d'un rock progressif qui ne tardera pas à sombrer dans de nombreux excès...

Chronique écrite par Mathieu (Août 2008).

 



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