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 Bienvenue sur "Web Song": Site de chroniques musicales pour progueux et autres grands mélomanes.

Le site est en construction permanente et il est à nouveau en activité (après une pause trop longue à mon goût). Néanmoins, on peut déjà voir les albums qui seront chroniqués même si les chroniques sont, encore, en construction! A ce jour, le site possède 48 chroniques complètes. Bonne visite!

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Wyatt (Robert): Rock Bottom (Rock progressif)

 Rock Bottom (Robert Wyatt/1974)

Rock Bottom est le disque préféré de Saint Mathieu. L'album que tous les progueux se doivent de possèder si ils veulent être dignes du temple Web Song !



Cérémonie musicale, intimiste et religieuse tels sont les qualificatifs qui me viennent à l'esprit quant il s'agit d'évoquer la musique, presque, céleste de ce disque plus noir que blanc. Pochette de conte pour enfant: rires, chants, jeux, mer paisible, innocence de la nature, monde poétique. A l'intérieur, un témoignage d'un traumatisme, d'une souffrance, etc... un désenchantement, une confession... Petit rappel pour les béotiens, Robert Wyatt fut le batteur d'un des groupes britanniques les plus fascinants de la fin des années 1960: Soft Machine. Figure légendaire du psychédélisme britannique au même titre que le Pink Floyd de Syd Barrett. Après avoir quitté les rouages de cette machine qui devenait, de plus en plus, molle, Robert Wyatt entama une aventure en solo dont le premier effort, The End Of An Ear paru en 1970, fut honnête bien que très marqué, encore, par le style de Canterbury. Le soir du 1er juin 1973 à Venise, Wyatt suite à une soirée bien arrosée s'essaye à l'alpinisme de façade et chute du quatrième étage d'un immeuble... Colonne vertébrale fracturée... Condamné, pour le reste de ses jours, à être dans un fauteuil roulant...

Rock Bottom est le disque d'un handicapé, le manifeste d'une blessure (bien que les chansons qui le constitue furent écrites, en partie, avant l'accident). Comment parler de Rock Bottom sans mentir à son sujet ? Rock Bottom est un disque miraculeux qui ne se définit pas par des paroles évasives de plumitifs rock, c'est une oeuvre qui parle au cœur et à l'esprit et à rien d'autre. C'est une musique qui a su échapper à toutes les étiquettes, au fil des décennies, qu'elles se nomment "pop", "rock", "jazz", "classique", etc... En ce sens l'adjectif "progressif" que je lui attribue est à la fois juste et faux. Juste parce que c'est une musique en marge de toute mode ou courant musicaux. Faux parce que cette musique prend sa source dans l'immobilité et non dans le mouvement (contrairement à d'autres grands albums de la même année). Ce disque n'a pas de descendance et n'exerça aucune influence, véritablement, significative sur les années qui suivirent la parution de la galette (le comble pour un album culte!). Une oeuvre mineure, certes, mais riche, dense, profonde et, tout simplement, sublime. Rock Bottom est une sphère sonore, une bulle dans laquelle on aime se réfugier de temps en temps. Un désert glacial avant-gardiste aux frontières du free jazz et de la nébuleuse progressive. C'est une beauté vierge que l'on aime effleurer du bout des doigts, du bout des lèvres, tout doucement. C'est une invitation, paradoxale, à la pudeur et à l'intimité d'un homme brisé dans tous les sens du terme. Robert Wyatt n'y chante pas, il y chuchote des mots, des secrets, des aveux, des déclarations, des confessions que l'on écoute en solitaire. Car Rock Bottom n'est pas un disque qui se partage; c'est un vieux journal intime que l'on garde pour soi, qu'on a lu des dizaines de fois et que l'on continue à réouvrir, de temps en temps, pour voir si l'enchantement est, encore, présent.


Et la musique dans tout ça ? Rock Bottom est le sommet de la discographie solo de Robert Wyatt et si ce dernier donnera naissance, par la suite, à d'autres petites pépites, au cours de sa carrière, il n'atteindra plus jamais un tel niveau de perfection et de maturité au sein des compositions. C'est une oeuvre sans faille que l'auditeur découvre ici, une plongée en apnée dans un territoire musical sans équivalent, une expérience tout aussi humaine qu'artistique. Rock Bottom est une pensée artistique, une parole, un visage qui nous séduit, une couleur chaude, un repos de l'âme. C'est un vieux vin dont les effluves continuent à nous enivrer. Une bouteille que l'on aime humer, de temps en temps, juste pour avoir l'ivresse. Une ivresse marquée par les basses de Richard Sinclair (de Caravan) et de Hugh Hopper (de Soft Machine), le piano et le violon de Fred Frith (de Henry Cow), le saxophone de Gary Windo, les parties de guitare de Mike Oldfield et, tout naturellement, la voix fragile d'un Wyatt au sommet de son art. La voix brisée, mais pourtant si juste, d'un vieux conteur, d'un grand sage de l'esthétisme pop. Il suffit d'écouter ces petits cris sur le final poignant de Sea Song pour être touché par cette voix hors du commun. Pour le reste, je pourrai évoquer l'élégance délicate de A Last Straw, les trompettes démentielles de Little Red Riding Hood Hit The Road, la beauté minimaliste de Alifib, le mysticisme nocturne de Alife ainsi que les parties de guitare sur l'homérique final que constitue Little Red Robin Hood Hit The Road et qui témoigne, pleinement, du potentiel émotionnel de ce disque de velours. 

Posséder Rock Bottom c’est bien plus que posséder un simple disque, c’est un compagnon de route essentiel dans le parcours d’un mélomane. Robert Wyatt a signé, avec ce Rock Bottom, un chef d’oeuvre sur lequel le temps n’a aucune emprise car déconnecté de toute époque et de tout registre. C’est la beauté suprême représentée, une page d’éternité mise en musique. Un mot: MAGNIFIQUE !

NB: Pour l'information, ce chef-d'oeuvre fut produit par Nick Mason... Oui, le figurant de chez Pink Floyd !

Chronique écrite par Mathieu (Septembre 2007).


 



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