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 Bienvenue sur "Web Song": Site de chroniques musicales pour progueux et autres grands mélomanes.

Le site est en construction permanente et il est à nouveau en activité (après une pause trop longue à mon goût). Néanmoins, on peut déjà voir les albums qui seront chroniqués même si les chroniques sont, encore, en construction! A ce jour, le site possède 48 chroniques complètes. Bonne visite!

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Mr. Bungle: Mr. Bungle (Métal progressif)

Mr. Bungle (Mr. Bungle/1991)


 


 

Spécimen unique et hors du commun. Bien que très méconnu des oreilles consensuelles du grand public (dont, la plupart, n’ont jamais subi de véritable dépucelage des tympans), Mr Bungle reste une des formations majeures des années 1990. Oubliez vos Nirvana, vos Oasis ou encore vos Radiohead, le meilleur groupe des années 1990, vous l’avez en face de vous. En l’espace de trois disques, seulement, Mr Bungle aura su influencer toute une génération de musiciens et marquer d’une cicatrice à vie les oreilles de quelques rares et nobles mélomanes illuminés par la grâce magique de la musique de cette troupe californienne de formidables barjos. Chers lecteurs de Web Song, ne voyez rien de prétentieux ou d’arrogant dans mes propos… C’est juste que Mr Bungle est le groupe dont on peut et dont on doit être fière. Là où l’œuvre de nombreux groupes se révèle superficielle et transparente, le travail de cette formation fondée en 1985, quant à elle, ne cesse, au fil des écoutes approfondies et attentives, de se révéler comme étant riche et fascinant, et notamment cette première véritabl, récolte de 1991 qui est plus que bonne.

Le groupe choisit son nom en référence à deux personnages totalement différents l’un de l’autre du paysage américain. Le premier est un clown des années 1950 dont le but primordial est d’apprendre, aux enfants, les bonnes manières ainsi que de les sensibiliser à certains principes que "la bonne morale" approuve, tandis que le second n’est, rien d’autre, qu’un… acteur de films pornographiques. Le groupe se construit autour du bassiste Trevor Dunn et, surtout, du formidable guitariste Trey Spruance à qui l’éclectisme et la diversité de la musique du groupe doivent beaucoup (et qui, depuis quelques années, explore, pleinement sa passion pour les musiques du monde au sein de son projet Secret Chiefs 3 que je ne saurai que trop conseiller aux fans de Mr Bungle). Ce socle sonore est rehaussé par la présence d’une des voix les plus épatantes et les plus polyvalentes de l’histoire de la musique rock: la voix de monsieur Mike Patton. Crooner déjanté de death et speed métal dont la capacité a moduler sa voix, en fonction des ambiances musicales des chansons, est, absolument, écœurante. Si il n’est pas le cerveau du groupe (contrairement aux dires de certains), sa voix de caméléon et son génie expressif font de lui l’élément qui déclenche la folie et le second degré au sein de la musique du groupe. Et sinon, ce disque ? Il est bon de savoir, à son sujet, qu’il s’agit d’une synthèse des quatre premières démos du groupe qui aura, tout de même, mit six ans avant d’attirer l’attention de Warner (grâce, notamment, au récent succès de Mike Patton au sein de Faith No More. Succès qui prendra encore plus d'importance l'année d'après avec le disque Angel Dust). Autant dire que cet album ne laisse aucune place à l’ennui ou aux remplissages évasifs. Nous avons, ici, un superbe produit de 70 minutes de qualité sans colorant et conservateur. Après plusieurs années d’analyse, je n’arrive pas à trouver de point faible ou de défaut à cette œuvre. Il s’agit, bel et bien, d’un monstrueux et surpuissant disque de métal et un de ceux qui donna ses lettres de noblesse à ce genre… ainsi qu’à un certain rock progressif.


 

Parfaitement ! A la différence d’une grande partie de ses collègues métalleux (souvent des bourrins bûcherons dont la musique est, a peu près, aussi énergique qu’un type dans le coma), Mr Bungle va approfondir ses racines métal (death et speed essentiellement, vous l’aurez compris !) en les enrichissants par le biais d’une instrumentation savoureuse (cuivres, claviers) et en les mélangeants à un nombre, proprement, incroyable de genres musicaux différents (pop, funk, électro, musique orientale, jazz, tango, trip hop, musique contemporaine, ska, reggae, etc…). Particularité qui offre au disque une densité d’une grande profondeur et qui renforce, par la même occasion, son côté difficile d’accès. Mr Bungle s’inspire de tous les styles musicaux et les transcende, de façon dérisoire, dans leurs chansons sans, pour autant, trahir leur authenticité. Le terme de progressif prend, ici, tout son sens. C’est une musique émancipée de toutes règles et qui va de l’avant, et non qui reste dans sa bulle. Mr Bungle démontre, à l’instar d’un certain Frank Zappa (dont on peut considérer les membres de Mr Bungle comme étant ses enfants spirituels), que la fusion est la voie artistique la plus efficace pour donner naissance a quelque chose de, véritablement, neuf. Outre l’excellente production du fameux John Zorn (leader, à l’époque, de Naked City), la puissance des titres est renforcée par une utilisation cohérente de divers bruitages: musique de jeux vidéos Nintendo sur Carousel, extraits de conversation (du film de David Lynch; Blue Velvet) sur Squeeze Me Macaroni, gémissements féminins, délicieusement, dérangeants sur The Girls Of Porn (cris de douleur ou de plaisir ?), utilisation fréquente, par Mike Patton, du mégaphone de Casperelectronics, etc… Parler des meilleurs moments, c’est parler de tout le disque, je citerai en vrac: l’introduction apocalyptique que constitue Quote Unquote, les délires vocaux de Mike Patton sur Squeeze Me Macaroni, l’ambiance malsaine de Stubb (a Dub), le puissant et populaire My Ass Is On Fire, death métal sur vitaminé aux rythmiques de cabaret. Enfin pour finir, je citerai, volontiers, l’excellent The Girls Of The Porn avec son texte d’un excellent mauvais goût ("It’s time to masturbate… My hand gets tired and my dick gets sore") et ses rythmiques funk et reggae, délicieusement, excitantes et jouissives (je parle de la chanson, rassurez-vous !).

On conseille souvent l’album California pour entrer dans le monde de Mr Bungle et je ne peux qu’être d’accord avec cette idée. Si ce premier album est, probablement, le plus représentatif de la carrière du groupe il n’est pas, pour autant, un disque facile d’accès et certaines personnes risquent de me prendre pour un sadomasochiste vu l’éloge que je viens d'en faire. Si vous n’êtes pas un habitué des vertiges sonores et des expérimentations vicieuses et malsaines, alors commencez par California dont l’orientation pop en fait un album facile d’accès (au sens le plus noble du terme). Mais si vous  aimez les grands frissons, alors n’hésitez pas à vous jeter, la tête la première, dans ce disque explosif: Massacre absolu des conventions du rock classique et somptueux doigt d’honneur tendu à la face de ceux qui qualifient de bruit ceux que leur pauvres esprits réactionnaires sont incapables de saisir !

Chronique écrite par Mathieu (Août 2009)


 



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