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 Bienvenue sur "Web Song": Site de chroniques musicales pour progueux et autres grands mélomanes.

Le site est en construction permanente et il est à nouveau en activité (après une pause trop longue à mon goût). Néanmoins, on peut déjà voir les albums qui seront chroniqués même si les chroniques sont, encore, en construction! A ce jour, le site possède 48 chroniques complètes. Bonne visite!

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Zappa (Frank): Apostrophe (Rock jazzy)

  Apostrophe (Frank Zappa/1974)  



Deuxième volet d'une trilogie magique allant de 1973 à 1975, Apostrophe reste un des albums les plus populaires et les plus connus de Frank Zappa avec Hot Rats et Sheik Yerbouti. La raison de cette popularité ? Apostrophe est une oeuvre facile d'accès pour du Zappa ! Un disque à la séduction immédiate bien loin des délires et improvisations surréalistes des Mothers Of Invention (malgré ses structures mélodiques complexes et ses nombreuses cassures rythmiques). En 1973, après le jazz-rock surpuissant et cérébral de l'année 1972 (marqué par les albums Waka Jawaka et, surtout, le chef-d'oeuvre-avec un grand C-The Grand Wazoo), Frank Zappa commença son ascension populaire auprès du grand public en proposant un rock urgent, nerveux et immédiat aux rythmiques délicieusement funk dignes des grands noms de la musique noire. Zappa était toujours Zappa dans sa démarche. Il continuait à fustiger, à travers ses disques, la bêtise humaine en choisissant pour cibles principales: la politique américaine, le conservatisme religieux ou encore les idéologies musicales. Il enrobait, encore, ses morceaux d'une imagerie sexuelle délirante, absurde et, délicieusement, provocatrice qui n'a rien à envié aux plus beaux écrits pornographiques de Boris Vian. Enfin, sa musique était, toujours, en perpétuel mouvement et ne cherchait, jamais, à stagner ou à rester enfermé, bien gentillement, dans une bulle qui serait devenue, trop vite, ennuyeuse et stérile (à la différence de certaines formations britanniques se disant progressive). Une chose a changée, néanmoins, dans la démarche de Zappa. La musique du maître moustachu, en 1973 avec le formidable Overnite Sensation, est devenue une musique visant à l'universalité malgré sa complexité et son irrespect des principes fondamentaux du rock... Mais, comme disait Frank Zappa, le rock est, au départ, une musique pauvre dont il ne faut garder que la colonne vertébrale sur laquelle il faut faire différentes greffes (jazz, funk, classique, etc...) pour qu'elle devienne riche et, de ce fait, intéressante.


Des trois albums qui constituent la trilogie magique 1973-75, Apostrophe est, indéniablement, le plus facile d'accès mais, certainement, pas le plus représentatif du maître (de ce fait, il vaut, peut-être, mieux entamer l'œuvre du moustachu avec un disque comme One Size Fits All; plus varié). Malgré cela, Apostrophe est un excellent palier de décompression avant d'affronter la suite de la discographie monumentale et interminable de Frank Zappa: 75 albums au compteur, abordant tout aussi bien le jazz que la pop ou encore le funk et la musique contemporaine (le pêché mignon de Zappa). Cette réjouissante galette est une entrée idéale pour les béotiens et il sera ravir les auditeurs impatients (l'album ne dure que 30 minutes !): chansons, facilement, mémorisables, rythmiques à la fois énergiques et posées, humour dévastateur, production emphatique mais d'un grand raffinement. Tout les éléments nécessaires pour séduire un peuple qui a un minimum de goût.


Sur Apostrophe, Zappa met de côté (sur une grande partie du disque) son costume de commentateur cynique de son époque (en mettant de côté ses observations politiques et même, à ma grande tristesses, ses petites friandises érotiques qui constituent, toujours, pour moi, la cerise sur le gâteau Zappaïen), et emprunte celui de conteur pour nous narrer l'histoire de Nanook l'esquimau et d'un trappeur aveugle essayant, par le biais d'un pèlerinage, de soigner sa cécité causée par de la neige contaminée par de la pisse de chien (et, contrairement à ce qu'on pourrait penser, l'histoire est racontée avec la plus grande élégance). Pour l'information, ce petit conte est inspiré, (très très) librement, d'un film documentaire de Robert Flaherty datant de 1922. Les titres s'enchaînent à merveille, tout est fluide, tout coule de source. La richesse de l'ensemble fait preuve d'une évidence indéniable et est rehaussée par une instrumentation d'une grande richesse (guitares, basses, cuivres, percussions, vibraphones, claviers, violons, marimbas). Chaque petite note est jouée, par les musiciens, avec une facilité déconcertante et une virtuosité impressionnante propice au respect. Les moments de bravoure ne se compte plus mais on peut citer, en vrac, l'excellente ouverture, Don't Eat The Yellow Snow ("Whatch out where the huskies go, and don't you eat the yellow snow"), le délirant St Alphonzo's Pancake Breakfast ou, encore, le funky et mythique Cosmik Debries. Autre pépites à mentionner: le classieux Uncle Remus, qui évoque les manifestations de la fin des années 1960 pour les droits civiques de la population noire, et, surtout Stink Foot: superbe morceau de clôture et critique virulente de la bonne morale américaine qui trouve sa source dans une ligne directrice mélodique implacable et dans... un spot publicitaire qui vante les bienfaits d'un déodorant pour les pieds !

Malgré toutes ses qualités, l'album contient un bémol: les deux minutes de remplissage évasif de Excentrifugal Forz, difficilement excusable sur un album dont la durée n'est que d'une demie-heure. Autre élément à préciser: Apostrophe est, à mon humble avis, le moins bon volume de la fameuse trilogie dont il fait partie (même si il reste un très bon disque), il n'a, en effet, ni la puissance de One Size Fits All, ni l'élégance et la sensualité de Overnite Sensation. Un bon disque, assurément, mais insuffisant pour rendre compte, véritablement, du potentiel de feu de ce grand monsieur que fut, et reste, Frank Zappa.

Chronique écrite par Mathieu (Octobre 2009).
 



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