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Le site est en construction permanente et il est à nouveau en activité (après une pause trop longue à mon goût). Néanmoins, on peut déjà voir les albums qui seront chroniqués même si les chroniques sont, encore, en construction! A ce jour, le site possède 48 chroniques complètes. Bonne visite!
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Hot Rats (Frank Zappa/1969) 

Si pour beaucoup la révolution musicale de l'année 1969 fut King Crimson et son premier album (le légendaire In The Court Of The Crimson King), Hot Rats de Frank Zappa peut, également, prétendre à ce titre, voire même plus! Tout comme le premier effort du roi cramoisi, ce second disque de Frank Zappa, sans les Mothers Of Invention, eu une influence mémorable dans l'histoire du rock et il donna, lui aussi, naissance à un mouvement avant-gardiste: le jazz-rock (quoique la thèse selon laquelle In The Court Of The Crimson King fut l'acte fondateur de la vague progressive est assez contestable). Le jazz-rock connaîtra, tout comme le rock progressif, son heure de gloire dans les années 1970 et sera marqué par quelques pépites de la musique contemporaine tels Third de Soft Machine, Leg End de Henry Cow, You de Gong, Bitches Brew de Miles Davis ou encore le premier album éponyme de Matching Mole (la formation éphémére du batteur de Soft Machine; Robert Wyatt). Mais revenons, si vous le voulez (bien sûr!), à ces rats chauds. Que dire sur le contenu de ce disque ? Que c'est une monumentale galette constituée de 47 minutes de vertige sonore quasi-instrumental (Willie The Pimp est l'unique chanson de l'album) ! Un édifice musical qui mélange, avec la plus grande classe et la plus grande intelligence, humour absurde, virtuosité sophistiquée, rythmiques corporelles divinement sensuelles, sauvagerie instrumentale, maîtrisée et animalière, explosions orgasmisques de cuivres, etc... Je m'arrête là sinon je vais avoir une érection !

L'album est dominé par deux longues pièces d'environ neuf minutes chacune: Willie The Pimp et Son Of Mr. Green Genes. La première est la seule chanson présente sur ce disque. Elle s'ouvre sur la fameuse tirade démentielle et délirante du Captain Beefheart (ami du guitariste moustachu et auteur d'une des plus belles perles de la fin des années 1960: Trout Mask Replica) avant d'enchaîner sur un long solo de sept minutes du maître. Sans sombrer dans les démonstrations techniques stériles et masturbatoires, Frank Zappa, à travers ce mémorable solo de guitare, nous montre toutes ses étonnantes capacités en tant que musicien (ses talents de compositeur-impressionnants, eux aussi-ont souvent tendance à effacer ses dons de musicien qui le place, probablement, comme un des meilleurs guitaristes de la galaxie rock au même titre que Hendrix ou Robert Fripp). Quant à l'autre titre, Son Of Mr. Green Genes, c'est un véritable trésor de musique pure. Rappellant les grands moments de Uncle Meat, cet instrumental est le mariage, par excellence, entre le jazz le plus classe et le plus sensuel et le rock le plus puissant et le plus dévastateur... La nuit de noces entre les deux est présente dans le titre, naturellement !

Outre ces deux mastodontes du répertoire zappaïen, l'album est bercé par quelques petits bijoux à la durée plus brève. Peaches En Regalia, qui ouvre le disque sur des toboggans de claviers et de cuivres, reste le titre le plus connu du 33 tours mais aussi un des grands classiques de Frank Zappa qui le reprendra plusieurs fois sur scène. Little Umbrellas est le moment le plus doux de ces 47 minutes: arrangements aux claviers d'une sobriété exemplaire, solos de saxophone et de flûte traversière féeriques. Une délicieuse merveille pleine de fraîcheur trop souvent oubliée, à mon goût, comparé au reste de l'album. Enfin, It Must Be A Camel, qui referme les festivités, est, indéniablement, la pépite de l'oeuvre. Tout ce qui fait le charme et le génie de la musique de Frank Zappa est présent, ici, dans ces cinq petites minutes où rien n'est dispensable: thème jouissif au saxophone et au piano, prestation magistrale de Jean-Luc Ponty, élégance jazz, magie pop et, surtout, une rythmique implacable. Des percussions qui démarrent à cent à l'heure et qui ne semblent plus vouloir s'arrêter. La totale, quoi ! Malgré toutes ces merveilles, le disque contient un bémol que je n'ai pas encore cité: The Gumbo Variatons. Longue (trop longue) pièce de quinze minutes là où la moitié aurait largement suffit. Même si il contient de nombreuses idées sonores et artistiques plutôt intéressantes, le titre souffre de quelques moments de remplissage qui font, un peu, décrocher l'attention de l'auditeur. Néanmoins, ce petit moment mineur ne parvient pas à entacher la qualité de l'ensemble et c'est, bel et bien, à... hmm... un chef-d'oeuvre auquel nous avons à faire ici (désolé pour ce gros mot utilisé trop souvent à tort et à travers dans le langage musical).
Quarante ans après sa sortie Hot Rats fascine toujours les amateurs de rock, que ce soit ceux qui ont connu sa naissance ou les plus jeunes qui le découvrent en ce début de troisième millénaire. Ignoré aux Etats-Unis (le disque ne dépassera pas la 173e place des ventes), Hot Rats connaîtra un beau succès en Europe, surtout en Hollande, en France et, bien sûr, en Grande-Bretagne où il se classe à la neuvième place des charts. Certes, par la suite, Zappa ira encore plus loin et fera encore plus fort dans ses expérimentations jazz (cf: le grandiose The Grand Wazoo en 1972), mais Hot Rats n'a pas volé son titre d'album culte et il appartient, sans aucun doute possible, aux grandes réussites artistiques de ce touche à tout de génie que fut Frank Zappa. Je ne sais pas comment on écoutera la musique du XXe siècle dans 200 ou 300 ans mais une chose est sûre, en ce qui me concerne, le maître moustachu du rock et un bon nombre de ses albums seront toujours sur le programme !
Chronique écrite par Mathieu (Octobre 2008).
