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 Bienvenue sur "Web Song": Site de chroniques musicales pour progueux et autres grands mélomanes.

Le site est en construction permanente et il est à nouveau en activité (après une pause trop longue à mon goût). Néanmoins, on peut déjà voir les albums qui seront chroniqués même si les chroniques sont, encore, en construction! A ce jour, le site possède 48 chroniques complètes. Bonne visite!

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Gainsbourg (Serge): Histoire De Melody Nelson (Chanson française)

Histoire De Melody Nelson (Serge Gainsbourg/1971)




Œuvre phare du maître de la rue Verneuil. Pochette mythique: Jane Birkin, seins nus et enceinte, cachant son ventre et sa poitrine avec une poupée de singe. Mais arrêtons, tout de suite, la description des petits détails et venons en au fait: Chroniquer Histoire de Melody Nelson n’est pas une mince affaire et ce somptueux 33 tours de velours possède un halo de mystère suffisamment important pour susciter de nombreuses interrogations. Je le confesse, au moment où je suis entrain d’écrire cette chronique, je doute de mes capacités de plumitif ou plutôt d’écriveur pour reprendre la fameuse maxime desprogienne. Est-ce que je peux parler de Melody Nelson ? Est-ce que je peux prétendre connaître cette jeune fille charnelle, extravagante et mémorable conceptualisée par un symphonisme des temps modernes mais engendrée par une semence pop issue d’outre-Manche ? Est-ce que je peux parler de ce Dandy rock unique que fut monsieur Gainsbourg et qui a sorti la chanson française traditionnelle d’une léthargie dans, laquelle, elle sombrait petit à petit ? Tout ça par le biais de classiques sublimes et indémodables à l’instar de L'Anthracite, du Requiem Pour Un Con, de Douze Belles Dans La Peau, de La Javanaise ou encore le délicieusement érotique Je t’aime… Moi Non Plus.   


Si à cet instant de la chronique, vous vous demandez sérieusement, chers lecteurs de Web Song, quelle est l’utilité de toutes ces interrogations, je vous sers la réponse sans plus attendre ! Histoire de Melody Nelso" est un authentique bijou de poésie musicale. Un classique qui peut se permettre de rivaliser avec les grands moments des Beatles, de Pink Floyd (on notera l’influence d’ Atom Heart Mother), de King Crimson (l’influence des premiers albums se fait, dès fois, aussi ressentir) ou encore des Who. Comme vous le savez, on ne parle pas d’un chef-d’œuvre comme on parle d’un disque qu’on aime bien. Le chef-d’œuvre demande à l’auditeur de solliciter, chez lui, de nombreux outils indispensables pour pouvoir en savourer tous les parfums: écoute attentive, ouverture d’esprit, etc… En ce sens, vous l’aurez compris, mes interrogations n’étaient pas évasives.



Le premier titre de la galette, Melody, donne le ton de ce ballet sensuel de pop luxueuse et sophistiquée. Gainsbourg (Gainsbarre ?) nous narre sa rencontre avec une somptueuse rouquine (Melody Nelson a des cheveux rouges et c’est leur couleur naturelle") à vélo, alors qu’il s’était égaré dans "une zone dangereuse, un endroit isolé" au volant de sa Rolls Silver Ghost de 1910. La voix charismatique du maître en talk-over est, ici, accompagnée de basses lugubres et d’une guitare acide prête à exploser à tout moment, le tout rehaussé par un splendide écrin de violons dont les arrangements sont, subtilement, orchestrés par Jean Claude Vannier à qui l’album doit beaucoup. Les deux titres suivants (Ballade de Melody Nelson et la Valse de Melody; un des plus beaux titres de Gainsbourg) souligne les dons de parolier du maître de cérémonie: rime, allitération, enjambement. Gainsbourg joue, ici, les poètes et possède toutes les élégances pour le faire. Moment fort du disque: l’Hôtel Particulier. Par le biais d’une musique dangereuse redevenue belle, Gainsbourg plonge l’auditeur dans un lieu de luxe décadent et de pornographie violente digne d’un film de Stanley Kubrick (Eyes Wide Shut) et où se déroule de sauvages parties de jambes en l’air. Gainsbourg renforce, subtilement, l’atmosphère de ce lieu par une superbe et précise description de l’endroit ("Des escaliers, des couloirs sans fin se succèdent. Décorés de bronzes baroques, d’anges dorés, d’Aphrodites et de Salomés"). D’une beauté sinistre et dépressive, cet amour passionné, vicieux et moderne se clôt sur une tragédie: Melody Nelson pérît dans un accident d’avion alors qu’elle s’envolait pour Sunderland à bord du 707, l’avion cargo de nuit.

"Où es-tu Melody et ton corps disloqué hante-t-il l’archipel que peuplent les sirènes ?". Chef-d’œuvre du patrimoine musical hexagonal; Histoire De Melody Nelson représente le mariage le plus cohérent (avec La Solitude de Léo Ferré) entre chanson française traditionnelle et pop music de style britannique. En conjuguant l’inventivité psychédélique et décadente de toute une jeunesse anglaise (Beatles, Pink Floyd, King Crimson) avec l’héritage traditionnelle de la musique classique, Gainsbourg a su donner du relief à ces propos poétiques et à son ode à cette femme/enfant idéale. Ah Melody ! Jeune et délicieuse nymphette qui n’aura vécue que quatorze automnes et quinze étés et dont l’histoire continue encore, de nos jours, à plonger en extase des millions d’admirateurs du dandy rock de la rue Verneuil. 28 minutes de plaisir musical, poétique et corporel. 28 minutes dans les bras d’une fille unique. 28 minutes lavées de toute médiocrité. Merci Monsieur Gainsbourg.

Chronique écrite par Mathieu (Mai 2009).


 



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