Bienvenue sur "Web Song": Site de chroniques musicales pour progueux et autres grands mélomanes.
Le site est en construction permanente et il est à nouveau en activité (après une pause trop longue à mon goût). Néanmoins, on peut déjà voir les albums qui seront chroniqués même si les chroniques sont, encore, en construction! A ce jour, le site possède 48 chroniques complètes. Bonne visite!
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Still Life (Van Der Graaf Generator/1976) 

1975: Après trois ans d’absence, le générateur revient en force. Godbluff fut une sauvage décharge musicale; une bombe "punk progressif" à retardement prête à exploser aux oreilles de l’auditeur à n’importe quel moment. Avec ce torrent de fureur musicale, Van Der Graaf Generator était revenu en force sur la scène "prog" et entama une tournée européenne durant l’automne 1975. Ce qui devait être une série de concerts mémorables se transformera vite en une succession d’incidents. A Dijon, le batteur Guy Evans, mort de froid, s’évanouit durant un concert et ne reprendra connaissance qu’à l’hôpital. A Padoue, une bande d’individus masqués et armés de battes de base-ball déclenchent une épouvantable bagarre au sein de la foule. Le groupe du, dans la panique la plus générale, quitter la scène. A Rome, lors de ce qui aurait du être un des sommets de la tournée (16 000 personnes venues applaudir le générateur), le camion qui transportait tout le matériel et les équipements scéniques du groupe fut dérobé.

Malgré tous ses incidents qui laisseront un mauvais goût dans la gorge des musiciens, Van Der Graaf Generator retourne en studio en janvier 1976 afin de donner une suite à Godbluff. L’album noir de 1975 fut une oeuvre tellement riche et puissante qu’il fallut un disque entier pour le prolonger; Still Life. D’ailleurs, pour l’anecdote, deux morceaux de Still Life ne sont rien de plus que des compositions qui dataient des séances d’enregistrements de Godbluff: Pilgrims et La Rossa. Attention, contrairement aux propos de certaines mauvaises langues, Still Life n’est, en rien du tout, une pâle copie du disque de 1975. Ne nous méprenons pas, Still Life est le petit frère de Godbluff et non son frère jumeau. Ce sont deux albums qui sont construits autour d’une ligne musicale semblable, mais qui dévoilent cette ligne de façon totalement différente. L’énergie de Godbluff fut spontanée, agressive et violente. Tandis que l’énergie et la force musicale de Still Life se dévoile de façon plus sournoise, plus ambiguë, notamment en mélangeant, merveilleusement, les sentiments de joie et de désespoir ensemble. De ce fait, et au même titre que Godbluff, Still Life est un album difficile d’accès peut-être encore plus que son prestigieux aîné. Le fan de rock, homme qui, trop souvent, désire plus posséder qu’écouter, devra mettre de côté toutes ses ambitions de collection afin de pouvoir s’ouvrir à ce disque. Still Life n’est pas un album pour les auditeurs impatients. Il faut du temps et de l’adhésion de la part de l’auditeur pour pouvoir découvrir sa profondeur et sa richesse. Une fois que celles-ci se dévoilent à vos oreilles, le disque appartiendra, très vite, à la race noble des chefs-d’œuvre.

Cette "nature morte" reste, indéniablement, une des oeuvres les plus abouties de Van Der Graaf Generator mais, également, de l’histoire du rock progressif. En cette année 1976, où le rock progressif est loin d’être en forme, il est impossible de trouver un équivalent probant à ce disque ou à ce groupe: King Crimson n’existe plus, Pink Floyd somnole, Soft Machine est devenu prétentieux, Yes grotesque et Genesis vire sa cuti pour les joies de la grosse pop music. Still Life peut s’imposer, facilement, comme le meilleur album de cette année là. Les compositions sur ce disque atteignent un degré de perfection proprement époustouflant voire écoeurant quant on se dit que moins d’un an auparavant le groupe venait de composer des joyaux comme Arrow ou The Sleepwalkers. Tout coule de source, tout est prestigieux (à l’exception, peut-être, du tendre et mélodieux My Room qui, bien que très beau, reste, selon moi, un ton en dessous du reste du disque). L’album est dominé par deux longues pièces: La Rossa et Childlike Faith In Childhood’s End. La première est une des meilleures pièces du générateur; 10 minutes brillantes sur tous points de vue et, notamment, au niveau des paroles qui s’imposent comme certaines des plus belles de Peter Hammill. Une réflexion sentimentale sublime et déchirante qui souligne la supériorité littéraire de Van Der Graaf Generator sur une grande partie des groupes de son époque. La seconde composition, Childlike Faith In Childhood’s End, est la longue pièce finale de douze minutes qui clôt le disque. Une fresque progressive et philosophique qui s’interroge sur la signification de l’existence de l’humanité sur Terre. C’est également un prestigieux tableau musical dans lequel palpite une palette d’émotions riches et variées. Enfin, je peux également parler de cette sublime ode à l’espoir qu’est Pilgrims et du ténébreux titre éponyme qui s’impose comme une des plus belles chansons du générateur (et un des classiques du groupe comme le prouve le live Vital publié en 1978) et, ainsi, j’aurai cité tous les titres de l’album.
Avec ce disque, c’est une nouvelle pièce majeure qu’offre Van Der Graaf Generator au rock des années 1970. C’est aussi, tout comme Godbluff, une fantastique recette entre fougue punk, climats jazz et lyrisme progressif. Cet étonnant mélange fait, incontestablement, de Van Der Graaf Generator le meilleur groupe de rock progressif de la seconde partie des années 1970 et un des rares à ne pas être lynché par le mouvement punk qui éclatera en Grande Bretagne en 1977. Still Life est donc un petit joyau qui, malgré les années qui passent, n’a pas pris une seule ride et a toujours gardé son pouvoir de fascination auprès des oreilles curieuses et gourmandes de bonne musique.
Chronique écrite par Mathieu (Juin 2008).
