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The Division Bell (Pink Floyd/1994) 

Les retours ont souvent eu de bons liens avec les déceptions, le cas Pink Floyd reste un des meilleurs exemples pour illustrer mon propos. 1994; après sept ans d’absence suite à l’album A Momentary Lapses Of The Reason qui restera, probablement, le pire album du Floyd, papy David Gilmour et ses deux acolytes Rick Wright et Nick Mason (je rappelle que Roger Waters a quitté le navire en 1985 pour mener une carrière solo plus ou moins-surtout moins-convaincante) décident de faire sonner, pour une dernière fois (on l’espère), la caisse enregistreuse du vieux flamand rose des années 1970. The Division Bell est un disque noyé dans le passé, on pourrait presque dire que c’est un album des années 1970 sortit dans les années 1990 tant il est déconnecté de son époque. Pink Floyd revisite son passé et cette "cloche de division" n’est rien de plus qu’une sorte de Dark Side Of The Moon avec quelques touches de peinture… Mais la magie n’est plus là, les climats oniriques non plus, et l’étrangeté encore moins: Du Pink Floyd 1973/75, certes, mais dépouillé de tout ce qui faisait son charme durant toute une décennie. C’est, donc, plus à un groupe cadavérique que nous avons à faire ici plutôt qu’à un retour en force d’une formation antique (à l’instar du come-back de Van Der Graaf Generator en 2005).

Les fans qui, avec cette reformation, attendaient un coup de poker de la part de leur groupe fétiche seront vite déçus. Dès les premières notes du morceau d’ouverture, Cluster One, l’auditeur se retrouve plongé dans une ambiance qui lui est familière et là il n’y a plus de doute possible; Pink Floyd fait du Pink Floyd d’une façon proprement écoeurante. Jamais la musique du groupe ne fut aussi transparente et n’importe quel bon connaisseur du Floyd peut, facilement, imaginer les notes du disque à l’avance. Pink Floyd pompe son passé et, évidemment, ce qui a fait sa gloire, d’une manière dont je ne l’aurais pas cru capable à l’époque où je découvrais ce groupe. Mêmes ambiances sonores et, surtout, mêmes ficelles. Tout ce qu’il faut pour justifier l’étiquette "Pink Floyd" est présent; instrumentaux à la Shine On You Crazy Diamond, saxophone vieillot de Dick Parry pour que ça sonne comme dans Dark Side Of The Moon, énième version de Us And Them ou encore standards rock plongés dans du chloroforme. Notons que si The Division Bell décevra une grande partie des fans du groupe, il arrive, tout de même, à trouver des adorateurs parmi les adhérents de la sainte religion Floydienne. Et oui ! The Division Bell est un disque aux vertus thérapeutiques; il rassure les plus fidèles amateurs du Floyd en leur faisant écouter ce qu’ils veulent écouter. C’est une ambiance de "déjà entendu" qui règne ici et même les titres les plus corrects (les moins mauvais ?) n’échappent pas à cette ambiance comme le soulignent les deux instrumentaux Cluster One et Marooned.

Néanmoins, si cet album est profondément décevant dans son ensemble, je tiens à sauver une composition. Il s’agit de High Hopes qui reste un des plus beaux morceaux écrits par le guitariste David Gilmour, une parfaite conclusion à l’œuvre du groupe ("Forever and ever"), une mélodie belle et évidente, une ambiance prenante, un final avec un solo de guitare majestueux qui illustre, une fois de plus, le talent de David Gilmour en tant que guitariste, et, à l’occasion, une des plus célèbres chansons de Pink Floyd (avec Wish You Were Here, Another Brick In The Wall et l’emblématique Money).
De 1965 à 1977, Pink Floyd fut une formation fascinante qui aura construit une œuvre unique de grande qualité à la richesse phénoménale, aux ambiances saisissantes et aux facettes multiples; qu’elles soient psychédéliques, progressives, rock ou "grand public" au point d’avoir un succès commercial planétaire mais amplement mérité. Près de vingt ans plus tard, ce n’est plus vraiment ça et l’on ne peut qu’ admettre que Pink Floyd a brûlé ses dernières cartouches depuis bien des années et on passera, volontiers, son chemin. L’album sera suivi d’une tournée mondiale (une des plus grandes de l’histoire du rock) qui donnera lieu à une décharge d’effets pyrotechniques mais, aussi, à des prestations scéniques plutôt pauvres dans l’ensemble. Depuis le vieux flamand rose est plongé dans un profond sommeil. Mon Dieu, pourvu qu’il y reste !