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The Wall (Pink Floyd/1979) 

La discographie de Pink Floyd ne manque pas de moments forts. De ses débuts avec le génial Syd Barrett comme leader à son apothéose planétaire, le Floyd aura eu le temps de signer quelques perles. Le secret de la formation ? Le sens du climat, le goût pour l'aventure, le risque et l'expérimentation sonore, ainsi qu'une merveilleuse et fantastique complémentarité entre les membres. Une association de talents (Roger Waters pour les paroles, Rick Wright pour les climats musicaux, David Gilmour pour les solos de guitare tout en finesse) qui, à part ne donne rien (comme le prouvent les carrières solos plutôt passables de David Gilmour ou Roger Waters), mais dès qu'ils sont réunis donne un groupe au potentiel de feu: Pink Floyd. Si, à l'instant où vous lisez cette chronique, vous êtes entrain d'écouter The Wall vous pouvez, sérieusement, vous demander si je suis bien entrain de parler de Pink Floyd. En effet... Ici, fini les climats oniriques et planants, les trips sombres et torturés, les longues pièces progressives et épiques, etc... The Wall est l'album qui va déclencher la décrépitude artistique du flamand rose et les parutions à venir ne seront, guère, plus réjouissantes...

Revenons un peu en arrière si vous le voulez bien (et vous voulez toujours de toute façon !). Le succès de l'album Animals en 1977 fut suivi d'une des tournées les plus impressionnantes (et une des meilleures !) de toute l'histoire du groupe. Le Floyd est alors à son apogée artistique et commerciale. Néanmoins, les membres du groupe ressentent, de plus en plus, une incompréhension totale entre le groupe et le public. Comme si le groupe et le public était séparé par un mur... (le concept venait de naître dans la tête de Roger Waters). Mais le véritable acte fondateur de The Wall aura lieu le 6 juillet 1977 lors d'un concert au stade de Montréal. Alors que le groupe joue un titre de leur dernier album, un groupe de fans, sous l'emprise de substances hallucinogènes, ne cesse d'interpeller les membres du groupe et, en particulier, le bassiste sardonique. Roger Waters, excédé, cracha sur un fan. Ce geste allait lui inspirer la création de The Wall... Vous l'aurez compris l'idée du concept est, uniquement, du bassiste Roger Waters et c'est lui qui écrivit et composa tout le double album à l'exception de quatre titres (Young Lust, Comfortably Numb et Run Like Hell attribués à David Gilmour, et The Trial attribué au producteur Bob Ezrin). The Wall est, donc, un album solo de Roger Waters 100% pur porc. Tout ce qui fit le charme du Pink Floyd 1967-1977 a entièrement disparu pour faire place a une musique creuse, insipide, lourde, pompeuse, ennuyeuse et-le pire-ridiculement prétentieuse. Si les compromissions de Animals avaient réussis, encore, à sortir un disque de grande qualité, sur The Wall ça ne marche plus, pour la simple et bonne raison, qu'il n'y a même plus de compromissions. Il s'agit, bel et bien, de trois musiciens sous l'emprise quasiment tyrannique du petit leader mégalomaniaque, Sir Roger Waters. Seul le guitariste David Gilmour arrive à imposer quelques idées à Waters qui les accepte à contrecoeur. Quant au batteur Nick Mason, il se fait, incroyablement, discret durant l'enregistrement du disque, tandis que le claviériste se fera, carrément, renvoyé du groupe par Waters durant les séances d'enregistrement. Pour arranger tout ça, la production sonore de Bob Ezrin est, en plus de cela, calamiteuse: la guitare est toujours en arrière, les claviers ne sont, rien de plus, qu'un vulgaire fond sonore et la batterie fait office de boîte à rythme. Seules les extravagances grandiloquentes et grotesques de Waters sont misent en avant.

Pourtant, près de trente ans après sa sortie, The Wall n'est pas un disque qui appelle à la haine et à la rage, mais, plutôt, à la pitié et à l'indulgence. Rien ne pourra, maintenant, rendre cet album bon. Ces lacunes sont trop énormes pour qu'on puisse le "sauver". Néanmoins on peut y trouver quelques moments honnêtes notamment dans Hey You et Comfortably Numb qui sont, indéniablement, les deux meilleurs titres de l'album. Le premier est une magnifique ballade transpercée par un passage dur et sombre. Le chant est bon et l'ambiance prenante. Quant au deuxième je suis obligé d'admettre que c'est un grand moment du répertoire floydien; un morceau puissant marqué par deux solos de guitares anthologiques de David Gilmour; c'est une de ses plus belles prestations à la guitare électrique, si ce n'est la plus belle ! Quant au reste du disque... One Of My Turns et Don't Leave Me Now sont deux morceaux honnêtes mais qui n'atteignent pas pour autant des sommets. Enfin, l'enchaînement Is There Anybody Out There ?/Nobody Home/Vera est, plutôt, de qualité même si il a du mal à me passionner. Voilà ce que l'on peut, selon moi, sauver de The Wall. En ce qui concerne les autres titres... In The Flesh est une introduction laborieuse et maladroite, Mother et Goodbye Blue Sky des morceaux de pop fade, Young Lust est un rock lourd et agaçant enrobé par des paroles assez lourdes ("Ooooh, il me faut une salope. Ooooh, il me faut une petite salope..." On a, tout de même, connu Waters un peu plus inspiré, non?). Run Like Hell et Waiting For The Worms sont inécoutables et le final The Trial est grotesque. Bien conscient de la pauvreté d'une grande partie des morceaux, Waters a pris soin de les enrober d'une grosse production hollywoodienne pour masquer les lacunes musicales: sonorités larmoyantes, bruitages divers, omniprésents et agaçants, etc... Enfin, cerise sur ce gâteau bien dur à avaler: Another Brick In The Wall Part 2. Horrible sucrerie pop/disco qui fait le bonheur de la programmation de RFM... pas désagréable, mais est-ce vraiment ce que l'on attend d'un groupe comme Pink Floyd ? Non, je ne le pense pas...
Plus de 25 millions d'exemplaires vendus, troisième double album le plus vendu dans le monde (devançant l'album blanc des Beatles); The Wall, malgré sa popularité, reste néanmoins une oeuvre mineure à l'intérêt limité, même si, à cause des nombreux thèmes qu'il aborde (adolescence monotone, crise intérieure, dépression, etc...) je peux comprendre qu'il puisse toucher certaines personnes. Mais cet aspect de l'oeuvre n'est absolument pas suffisant pour en faire un bon disque. Un album très dispensable...
Chronique écrite par Mathieu (Août 2008).