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Le site est en construction permanente et il est à nouveau en activité (après une pause trop longue à mon goût). Néanmoins, on peut déjà voir les albums qui seront chroniqués même si les chroniques sont, encore, en construction! A ce jour, le site possède 48 chroniques complètes. Bonne visite!
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Wish You Were Here (Pink Floyd/1975) 

Comment rebondir après avoir décroché la lune? "The Dark Side Of The Moon" a propulsé le Floyd dans le temple très privé des groupes superstars au même titre que Led Zeppelin ou les Rolling Stones. Suite à ce succès époustouflant (en 2005, les ventes de "Dark Side Of The Moon" furent estimées à plus de 35 millions d'exemplaires et, encore aujourd'hui, il fait parti des trois disques les plus vendus dans le monde) Pink Floyd, en plus d'être une formation musicale, est devenu, il faut bien l'avouer, une industrie commerciale qui a placé, plus que d'autres, le rock progressif au rang de musique populaire parfaite pour flatter les oreilles du grand public! Pour le Floyd, l'ère des trips torturés à la "Interstellar Overdrive" ou des expérimentations avant-gardistes à la "Ummagumma" est, à jamais, révolue. Le groupe a, désormais, un public (énorme!) qui l'attent au tournant... Pour respirer, les membres du groupe s'éloignent, un peu, de la sphère floydienne (de plus en plus étouffante); Nick Mason produit, en 1974, le chef-d'oeuvre de Robert Wyatt; "Rock Bottom", et David Gilmour fait découvrir au public une jeune artiste du nom de Kate Bush. Le 6 janvier 1975, néanmoins, le groupe retourne en studio (le studio 3 d'Abbey Road) afin de travailler sur ce qui deviendra son neuvième album.

"Les six premières semaines dans le studio étaient extrêmement torturées. Je me suis rendu compte que parfois dans le groupe, on n'était là que physiquement. Nos corps étaient là, mais nos esprits et nos sentiments étaient ailleurs. Et on n'était là que parce que cette musique nous fait vivre et bien vivre, ou parce que c'était une habitude, d'être dans Pink Floyd et d'opérer sous cette bannière" se souvient le bassiste Roger Waters. Le sentiment d'absence est omniprésent (et oui!) durant les séances d'enregistrement, au point que Pink Floyd décide d'en faire son sujet d'inspiration! Une ambiance fluide et quelques notes de guitares douces et sensuelles ouvrent cette magnifique galette de 44 minutes qui surpasse (de très très loin) son grand frère surfait; "The Dark Side Of The Moon". D'emblée "Shine On Your Crazy Diamond Part One" s'impose comme un des titres majeurs du groupe au même titre que "Echoes" ou "A Saucerful Of Secrets". Le morceau fait la part belle à la guitare bluesy de David Gilmour, aux claviers atmosphériques et planants de Rick Wright et au saxophone de Dick Parry qui était déjà présent sur "The Dark Side Of The Moon" (c'est lui qui nous anesthésiait sur "Us And Them"), mais dans un style, cette fois-ci, bien plus convaincant. Quant aux paroles de Roger Waters, dédiées au grand absent du Floyd: Syd Barrett, elles sont magnifiques: "Tu as été pris entre les feux de l'enfance et du succès. Emporté par ce conflit insurmontable. Allez! toi, la cible des rires lointains. Allez! toi, l'étranger, toi la légende, toi le martyr; brille !"

Le reste de l'album est tout aussi excellent. "Wish You Were Here" est le disque floydien par excellence, tous les masques du Floyd y sont présentés: le psychédélisme spatial de "Shine On Your Crazy Diamond" croise le fer avec l'électro glacial de "Welcome To The Machine" ou la grâce acoustique et lennonienne du titre éponyme. "Welcome To The Machine" est une des meilleurs compositions de Roger Waters, ambiance angoissante et sombre qui doit beaucoup aux synthés ténébreux de Rick Wright. "Have A Cigar" un rock pur et dur, simple et efficace, du toujours au même Roger Waters, est un brillant morceau sarcastique qui s'attaque aux grosses pontes de l'industrie du disque ("J'ai toujours eu un profond respect, et je le pense très sincérement. Ce groupe est tout simplement génial. C'est vraiment ce que j'en pense. Ah, au fait, lequel est Pink? On t'as dit comment s'appelle ce jeu mec? Nous on l'appelle la Machine à fric!"), le morceau est marqué par le chant rageur de Roy Harper (chanteur folk) et par un solo de guitare endiablé de David Gilmour dans le final. La ballade éponyme, "Wish You Were Here", est, quant à elle, un grand moment d'émotion où les paroles de Roger Waters sont, une fois de plus, merveilleuses: "Comme j'aimerai, Comme j'aimerai que tu sois là. Nous n'sommes que deux âmes perdues nageant dans un bocal. Année après année. Parcourant sans cesse le même vieux bout de terrain. Qu'avons nous trouvé? Les même vieilles peurs. J'aimerais que tu sois là." Enfin, le disque se referme sur la seconde partie de "Shine On Your Crazy Diamond"; tout aussi excellente que la première voire même meilleure par certains moments, notamment lors du majestueux final où les claviers bataillent avec les accords de guitare de David Gilmour.
Si vous voulez vous jeter dans l'univers Floydien, "Wish You Were Here" est l'album par lequel il faut commencer. Bien plus humain et plus varié que "The Dark Side Of The Moon". Bien moins prétentieux et moins pompeux que "The Wall". "Wish You Were Here" représente le parfait équilibre floydien entre la grâce mélodique de David Gilmour, les paroles sombres de Roger Waters et les ambiances planantes de Rick Wright. C'est le passeport idéal pour rentrer en terre floydienne. L'album le plus parfait et le plus abouti de Pink Floyd. Néanmoins, je ne fais pas rimer perfection avec "chef-d'oeuvre" et "Wish You Were Here" est un disque qui a les défauts de ses qualités. Si la musique de Pink Floyd atteint son sommet de matûrité ici, elle n'évolue plus et n'est plus aussi audacieuse qu'auparavant, et on ne m'enlèvera pas à l'esprit que Pink Floyd est bien meilleur quand il se cherche que quand il se trouve!
Chronique écrite par Mathieu (Août 2008).
