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 Bienvenue sur "Web Song": Site de chroniques musicales pour progueux et autres grands mélomanes.

Le site est en construction permanente et il est à nouveau en activité (après une pause trop longue à mon goût). Néanmoins, on peut déjà voir les albums qui seront chroniqués même si les chroniques sont, encore, en construction! A ce jour, le site possède 48 chroniques complètes. Bonne visite!

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Queen: Queen (Rock)

   Queen (Queen/1973)  




Ni bon, ni mauvais, mais quelque part entre les deux. Ce premier album de la reine de la pop britannique fait partie de ces oeuvres mineures et inégales pour lesquelles l'on a une certaine sympathie pour des raisons moins artistiques que sentimentales. Pourquoi ? Car c'est un témoignage des débuts d'une formation qui allait se montrer riche et intéressante pendant quelques années (de 1974 à 1978 pour être précis), parce que c'est le premier chapitre d'une histoire, parce que c'est la genèse d'une musique et qu'il est toujours intéressant de connaître la source d'un groupe. Ce premier album fait office, dans la discographie de Queen, d'une sorte de manifeste d'une jeunesse rock'n'roll d'une reine qui n'était, alors, que princesse. Queen (l'album) est le disque que tout le monde aime bien mais dont on ne tombe pas amoureux (car trop faible en comparaison de ce qui va suivre), l'ami de tout le monde mais le meilleur ami de personne, telles sont les différentes manières dont on peut évoquer ce premier essai.


Faut-il, encore, présenter Queen (j'ai du le faire dans toutes les chroniques de ses albums !) ? A part les ignares complets, tout le monde connaît Queen et s'il y a bien un qualificatif qu'on ne peut refuser à cette formation c'est bien celui de groupe culte. Queen appartient au cercle très privé des groupes qui, des années après la parution de leurs albums, peuvent, encore, se vanter de vendre des disques par millions chaque année. Queen est l'archétype du cocktail rock original et savant/pop universelle. Tout le monde y trouve son plaisir. La recette du combo ? Une pop universelle qui a su concilier l'héritage anglais (The Beatles, The Kinks) avec l'héritage américain (The Beach Boys). Mais, attention, une pop de la plus haute qualité qui a su s'enrichir de différents courants en vogue à son époque: le hard rock (Led Zeppelin, Deep Purple), le rock progressif (Yes, le premier album de King Crimson, bien sûr, mais, également, Gentle Giant, groupe bien trop méconnu selon moi) et, naturellement, le glam rock (courant décadent et théâtral par excellence dont la tête de gondole reste, pour beaucoup, David Bowie). Queen est une mythologie pop/rock à lui tout seul, c'est un groupe qui su pénetrer l'imagerie collective par sa musique facile d'accès (au sens le plus noble du terme), ses vidéos clips (petit art mineur dont il fut le groupe pionnier) originaux et amusants, ses concerts titanesques aux dimensions dyonysiennes ou encore ses hymnes pop qu'on a tous entonnés, comme un choeur massif, à pleine voix: Bohemian Rhapsody, We Will Rock You, The Show Must Go On, We Are The Champions. Une pop planétaire, métissée, riche et variée qui rappelle dans sa démarche celle d'un certain Todd Rundgren (que je ne saurai que trop conseiller aux fans de Queen).


 
Et ce premier album, qu'en est-il ? C'est un disque pop rock honnête qui se respecte et se laisse, agréablement, écouter... Mais rien de plus ! On est loin de la puissance d'un Sheer Heart Attack, du raffinement d'un A Day At The Races ou encore du potentiel de feu d'un A Night At The Opera et les auditeurs qui s'attendaient à un démarrage en puissance ne pourront qu'être déçus. Ce premier album est, avant tout, un réglage des machines et des moteurs. Une sorte de mise au point avant le vrai départ. Néanmoins, il serait, terriblement, injuste de bouder ce disque car une mise au point est, toujours, intéressante (à défaut d'être fascinante). Que retenir alors de ce premier ouvrage? Pour commencer Great King Rat et My Fairy King qui sont, indéniablement, les deux premières grandes pièces de la reine (toutes les deux écrites par Freddie Mercury qui se révèle, dès ce premier effort, comme le mélodiste le plus intéressant de la formation). Le premier titre est un rock nerveux et musclé à la structure destructurée (!) et éclatée: mélodie évidente et limpide, rythmique explosive et cassures, délicieusement, décalées (superbe partie de guitare acoustique au milieu de la chanson). Enfin, My Fairy King est une délicieuse pépite glamour qui préambule, déjà, les merveilles que seront The March Of The Black Queen, The Prophet's Song ou encore le cultissime Bohemian Rhapsody. L'association entre le tandem piano espiègle/guitare électrique et les choeurs harmoniques caverneux (dans lesquels on peut voir l'influence des Beach Boys ou, encore, de Yes) sont des trouvailles mélodiques irrésistibles qui, des décennies après, continuent d'être plagiées par une tonne de formations britanniques dont Muse (comme en témoigne son, navrant, dernier album). Autres moments clés de la galette: The Night Comes Down une des plus belles ballades acoustiques du guitariste Brian May (toute période confondue) dont l'ambiance mélancolique ne sombre, à aucun moment, dans la mièvrerie, notamment, grâce à la présence de sonorités psyché/folk des plus réjouissantes. Enfin je citerai, volontiers, cette bizarrerie anecdotique mais charmante qu'est Doing All Right, l'énergie diabolique de Liar (malgré quelques longueurs, difficilement excusables, sur le titre) ou encore l'introduction sympathique (sans être exceptionnelle) que constitue Keep Yourself Alive.

Malheureusement, cette galette ne peut être constituée que de ces six chansons. Elle en contient, donc, quatre autres qui font vraiment tâches. Il s'agit de Modern Times Rock'n'Roll (chantée par le batteur Roger Taylor), rockhabilly façon seventies plus comateux que vivant, Son And Daughter, mélange indigeste de Led Zeppelin et de Black Sabbath, Jesus, pop évangiliste à la mélodie d'une grande pauvreté (le comble pour une composition de Freddie Mercury) et enfin un vulgaire brouillon sonore en guise de conclusion que l'on retrouvera, mieux développé, sur le second disque. Enfin, si les musiciens font déjà preuve d'une virtuosité technique exemplaire, ils n'ont pas encore, atteints leur maturité artistique (qui se concrétisera, pleinement, sur Sheer Heart Attack). Le son manque, cruellement, de caractère (la batterie n'a pas la puissance rythmique qu'elle a sur les autres disques et la guitare basse est noyée sous une sorte de bave sonore), Brian May n'a pas, encore, développé entièrement sa personnalité à la guitare et, pour finir, Freddie Mercury n'utilise malheureusement pas encore toutes les capacités de sa voix, proprement, époustouflante dont il se servira à l'avenir comme d'un instrument à part entière. Toutes ces lacunes font du tort à ce premier essai qui, malgré un charme évident, ne peut pas rivaliser avec les grands classiques à venir. Un album sympathique pour lequel on a, souvent, une certaine tendresse (car, faisant, preuve d'une certaine naïveté et d'une certaine fraîcheur) mais, terriblement, mineur et anecdotique.

Chronique écrite par Mathieu (Septembre 2009).
 
 



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