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 Bienvenue sur "Web Song": Site de chroniques musicales pour progueux et autres grands mélomanes.

Le site est en construction permanente et il est à nouveau en activité (après une pause trop longue à mon goût). Néanmoins, on peut déjà voir les albums qui seront chroniqués même si les chroniques sont, encore, en construction! A ce jour, le site possède 48 chroniques complètes. Bonne visite!

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Dylan (Bob): Blonde On Blonde (Folk rock)

  Blonde On Blonde (Bob Dylan/1966)  


Le milieu des années 1960 aura décidément été une bonne période pour le poète américain le plus mystérieux du XXème siècle. Si on ne sait pratiquement rien de la vie de Dylan, mis à part son nom Robert Allen Zimmerman et son goût pour la musique folk, on ne peut vivre en ignorant son génie. En 1965, Dylan surprend le monde entier en délaissant sa guitare sèche pour la fameuse Telecaster noire et blanche de Fender. Il sort "Highway 61 Revisited", jouant pour la première fois avec un groupe de blues-rock. Ce qui lui a été bénéfique puisque c'est cet album qui contient ses plus grands classiques, notamment "Like a Rolling Stone", "Desolation Row", et "Ballad of a Thin Man". Un album très bien accueilli par les critiques, et par l'artiste lui-même, satisfait de son travail, qui a déclaré "Je ne vais pas être capable de faire un album qui soit mieux que celui-ci... "Highway 61" est tout simplement trop bon". Et pourtant... L'année d'après, Bob Dylan sort "Blonde on Blonde", le troisième volet de la trilogie entamée par "Bringing It All Back Home" et "Highway 61 Revisited", et l'album préféré de beaucoup de fans, classé 9ème meilleur album de tous les temps par les magazines "VH1" et "Rolling Stone". On pourrait penser qu'un album qui a pour thème principal les chagrins d'amour d'un poète, lyrique la plupart du temps, soit noir, lourd et morose. Blonde on Blonde est tout sauf ça. Restituons-le dans son contexte. Bob, qui a certainement appelé cet album de façon à ce que les initiales forment son prénom, ou diminutif, retourne en studio avec Donald William 'Bob' Johnston, le producteur de Leonard Cohen, Johnny Cash et Simon & Garfunkel, et sort le premier double-album de l'histoire de la musique. Comme sur le précédent opus, Bob jour sur fond de blues rock, avec le groupe The Band, et comme pour "Highway 61 Revisited" le succès commercial est au rendez-vous, bien que les amateurs de folk ont eu du mal à ingurgiter le fait que Dylan tourne pop et beaucoup plus rock. En 1966, Dylan flirte avec Joan Baez, mais commence à ressentir quelque chose pour Sara, qui deviendra sa première femme. Cette histoire est à la base de la plupart des textes de l'album.

L'introduction à l'album est donnée par "Rainy Day Women #12 & 35", un titre pour le moins surprenant, à l'image de son contenu. L'explication officielle du titre est la suivante : une femme et sa fille sont venu s'abriter dans le studio d'enregistrement, un jour de pluie, et Dylan s'est amusé à deviner leur âge : 12 et 35 ans. Dans ce morceau très entraînant, les instruments semblent jouer de façon désordonnée, Bob semble être pas mal imbibé, et cela tombe bien, les paroles disent "Everybody must get stoned", littéralement, "Tout le monde doit se shooter". Ce titre, qui est loin d'être parfait annonce un album hétérogène, mais coloré et pleins de rebondissements, ainsi que des morceaux folk teintés de rock'n'roll. Et le deuxième morceau est justement très proche du rock'n'roll et du blues. Dans "Pledging My Time", Dylan joue sur deux accords de guitare et adopte un jeu d'harmonica fondés sur le blues rock. Ce morceau est loin d'être mémorable, à mon avis, mais n'est pas pour autant désagréable. On peut y admirer un talent caché de Dylan : Dylan chante dans le rythme. Dylan sait placer des vers courts, au bon moment, là où il faut. Sa dernière strophe ("Someone set for the ambulance/ And one was sent/ Somebody got lucky/ But it was an accident") est curieusement annonciatrice de son accident de moto qui surviendra quelques temps après la sortie de l'album, et dont l'authenticité et la gravité ont toujours été controversées. Le contraste établi naturellement entre "Pledging My Time", et le titre qui suit, "Visions of Johanna", est très fort. Dylan nous fait passer d'un titre quelconque à un "éclair de génie", comme j'aime à appeler ces petits bijoux. "Visions of Johanna" est une composition conséquente qui s'étend sur 7 minutes 34. Elle n'est pas sans rappeler les morceaux les plus représentatifs de Dylan, tel que "Shelter From The Storm" ou "The Times They're A-Changing". C'est en effet un titre très linéaire. Le refrain ne réside pas vraiment dans les paroles, mais dans un changement de la mélodie du chant, et n'est pas en réelle rupture avec le couplet qu'il suit. Après le refrain, on revient à l'air du début, puis au refrain et ainsi de suite, sans pause. Ici Dylan reprend la guitare sèche et l'harmonica, sur des légères nappes d'orgue. Son intro mystérieuse à l'harmonica est comparable à celle de "School" de l'excellent Supertramp. Mais il ne la fait pas durer aussi longtemps"Assez avec la musique, place aux paroles maintenant!" Dylan a toujours pris le contre-pied de la démarche de Verlaine, qui disait "De la musique avant toute chose". Dans plusieurs interviews, le poète américain reconnaît mettre en musique ses mots. Les paroles viennent avant la musique. "Sans mots, il n'yaurait pas de musique", telle est la méthode qu'il a toujours appliquée. Et jusqu'à preuve du contraire, cette recette marche du tonnerre. Le titre viendrait d'une déformation du prénom de Mademoiselle Baez. Joan, avec qui il "flirtait" à l'époque, serait devenue "Johanna". Ici, Bob nous montre qu'il sait écrire. Si ce texte n'est pas de la poésie pure, alors je ne m'y connais vraiment pas en écriture. Dylan joue à la fois dans l'abstrait est dans le concret. Mon couplet préféré :

"Inside the museums, Infinity goes up on trial. Voices echo this is what salvation must be like after a while. But Mona Lisa musta had the highway blues. You can tell by the way she smiles. See the primitive wallflower freeze. When the jelly-faced women all sneeze. Hear the one with the mustache say, "Jeeze I can't find my knees". Oh, jewels and binoculars hang from the head of the mule. But these visions of Johanna, they make it all seem so cruel"

Moi, Mona Lisa qui a le "Highway Blues" dans la peau (c'est pour ça qu'elle sourit) et les femmes au visage de gelée qui éternuent toutes en même temps, ça m'évoque quelque chose. Je ne suis pas indifférent à ce genre d'écriture surréaliste. J'adore, tout simplement. Et si elle vous plaît également, je vous conseille de vous procurer la version "Live At The Royal Albert Hall 1966", moins rock, plus intime, plus magique. Vous l'aurez compris, cette chanson est ma préférée, dans la discographie de Dylan. Juste après, une petite déception. En effet, avec "One Of Us Must Know (Sooner or Later)", Dylan reprend la voie ouverte par "Pledging My Time", les paroles sont moins intéressantes, cependant on peut concéder une certaine puissance au moment du refrain, qui est fort jouissive. "I Want You", considérée comme la meilleure de Dylan par des millions de fans, est le cinquième titre du premier double-album de tous les temps. 5 est une place privilégiée, sur un album. Et sur "Highway 61 Revisited", à cette place, on avait eu droit à l'excellent "Ballad of a Thin Man". "I Want You" a donc tous les atouts pour séduire, et cela lui réussit. La plus colorée, la plus rapide, la plus esthétique de l'album... Que dire de plus? Elle a été mise en image de façon sublime par Todd Haynes dans le film "I'm Not There", sorti en 2007. Le refrain "I want you, I want you so bad" fournira toute l'inspiration nécessaire aux paroles, deux années plus tard, aux Beatles, sur "Abbey Road", un autre album mythique des années 60. Ce morceau culte de Dylan est absolument incontournable. Après ce titre, on ne joue décidément plus au yoyo, passant d'un bon titre, à un titre de moyenne qualité. Le tempo est donné. Les couleurs aussi. "Stuck Inside of Mobile With The Memphis Blues Again", est un coup de maître. Très proche de "Visions of Johanna" dans le style des paroles et la construction linéaire avec le refrain qui tient en une ligne et reprend le titre, et de "I Want You" pour le rythme et l'instrumentalisation, ce morceau assez rock, surprend par une utilisation de la batterie, à laquelle Dylan ne nous avait pas habitué, et par un certain "je-m'en-foutisme" de la part du narrateur, dans les paroles :

"Grandpa died last week. And now he's buried in the rocks. But everybody still talks about. How badly they were shocked. But me, I expected it to happen, I knew he'd lost control"

"Papy est mort la semaine dernière / Et maintenant il est enterré dans la montagne / Mais tout le monde continue à parler du choc que sa mort leur a causé / Mais moi je m'attendais à ce que ça arrive / Je savais qu'il avait perdu tout contrôle..." Avec ces vers, on s'imagine très bien un enfant parler. Dylan se moque, Dylan joue. A un moment, Dylan raconte qu'il voit Shakespeare dans une allée, qui parle à une française, une phrase tout à fait hallucinée (on sait que l'artiste a longtemps été épris par une française, et admire beaucoup Shakespeare). Il faut noter la prestation tout à fait exceptionnelle du guitariste lead, ainsi que celle du claviériste (Dylan lui-même, paraît-il), qui tout le long font du remplissage très très agréable. Ils allègent le morceau, le rendent plus technique, et en font une composition qui, enfin dans cet album, donne autant de place à la musique qu'aux paroles. Nous ne sommes cependant surpris qu'à moitié car il reste dans les traces de "Highway 61", "Desolation Row" et "Just Like Tom Thumb's Blues", sur l'album précédent. Ce morceau est un classique des concerts de Dylan, encore maintenant. "Leopard-Skin Pill-Box Hat", est un autre délire d'enfant. Dylan veut piétiner le chapeau d'une Blonde qui a certainement donné son nom à l'album, Edie Sedgwick, une actrice et pin-up américaine qui apparaît d'ailleurs dans le livret de l'album, morte d'une overdose en 1971. Dylan veut sauter sur son chapeau "juste pour voir si c'est vraiment un de ces chapeaux de marque très chers". L'intro ressemble à celle de "Pledging My Time", dans les mêmes tons rock'n'roll. Le plus intéressant ici, c'est l'étonnant solo de guitare distortion. Une grande première, je crois, dans la discographie de Dylan. Le reste de l'album reste dans ce genre-là. Seuls "Just Like A Woman", "Absolutely Sweet Marie" et "Sad-Eyed Lady Of The Lowlands" (qui occupait toute la dernière face du 4ème disque) s'en détachent. Ces trois ballades romantiques sont de réelles merveilles. Dylan écrivit "Just Like A Woman" le jour de Thanksgiving, en 1965, s'inspirant encore de la pin-up Edie Sedgwick, de la Warhol Factory. "Oh you fake just like a woman, yes you do" ("Oh tu fais semblant comme une femme, oui je t'assure") peut être une allusion au fait qu'elle soit mannequin et que, telle une comédienne, son métier consiste à faire semblant, prendre la pose... Dylan a joué cette chanson en concert plus souvent que n'importe quelle autre. "Temporary Like Achilles", une chanson sur la faiblesse de Bob Dylan face à celle qui deviendra sa première femme, inspirera Led Zeppelin pour "Achilles Last Stand".

Ainsi, cet excellent album que tout amoureux de rock se doit de posséder, marque l'apogée de la carrière de Dylan. C'est son chef-d'oeuvre. Musicalement parlant, cet album est mûr, il servira d'ailleurs de référence aux plus grands. Les compositions sont plus rock et plus soignées que sur n'importe lequel de ses albums précédents. Cependant, dans les paroles, Dylan fait passer son chagrin d'amour au premier-plan, délaissant le côté politique et la "protest-song", choses auxquelles il nous avait habitué. Son "All my songs are protest songs" n'est donc déjà plus valable en 1965. L'auteur n'est pas mûr. Il se cherche encore. Peut-être s'est-il perdu, au vu de la qualité des disques qui ont suivi. Dylan endosse d'autres rôles que celui de musicien. En effet, Dylan joue un enfant, un amant, un héros grec au grand coeur et à la plume efficace. Un disque agréable à la première écoute, génial à toutes les suivantes.

Chronique écrite par Stéphane (Mai 2008).

 



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