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Scary Monsters (David Bowie/1980) 

"J'ai toujours vu Scary Monsters comme une sorte de purge. C'était une façon pour moi de faire disparaître des sentiments qui étaient au fond de moi et qui me dérangeaient. On doit accomoder son passé et sa personnalité. On doit comprendre pourquoi on a fait certaines choses..." dira David Bowie à propos de Scary Monsters. Le dernier disque de David Bowie chez RCA sera, avant tout, marqué par une ambiance sombre, un son torturé et des cris d'angoisse. Toute trace d'humour, de poésie ou, même, de romantisme a disparue de la musique de l'artiste à travers cette galette. Bowie est un homme en colère et de mauvaise humeur et ça s'entend ! Scary Monsters est le disque le plus violent et le plus sombre de l'artiste; le miroir de ses souffrances, une thérapie par la musique à la manière de Roger Waters et les Pink Floyd avec The Wall (en beaucoup moins prétentieux et pompeux, je précise). Néanmoins, si on note un changement du côté des ambiances, la musique, elle, ne fait pas preuve d'un énorme changement. Elle suit la logique new wave développée par Bowie durant son tryptique berlinois (Low/Heroes/Lodger), sauf que, sur ce disque, les expérimentations d'antan se fondent dans des chansons mélodiques et rock aux rythmes légèrement disco. Chanson et expérimentation deviennent, donc, indissociables rendant, de ce fait, cet album, peut-être, plus facile d'accès que ses trois aînés.

Scary Monsters est, aussi, l'album qui réconcilie David Bowie avec le grand public, son plus grand succès depuis 1975 avec l'album Young Americans contenant le standard culte Fame (composé avec l'ancien Beatle, John Lennon). L'album doit, surtout, son succès commercial grâce à la présence de deux tubes; Ashes To Ashes (n°1 des charts britanniques) et Fashion (n°5 des charts britanniques). Le premier est une des chansons les plus connues de David Bowie (avec Life On Mars ? ou encore Space Oddity), un sublime morceau électro/pop reposant sur un thème musical de Chuck Hammer basé sur la guitare et les synthés. Ce titre sera, aussi, accompagné d'un vidéo-clip mythique de David Mallet (un des plus connus de la pop britsh 1980's avec Sledgehammer de Peter Gabriel ou I Want To Breakfree de Queen réalisé, également, par David Mallet). Le second est une parodie de disco sur une rythmique délicieusement vicieuse. Tout comme pour Low, Heroes et Lodger, David Bowie est assisté, ici, par une ribambelle d'excellents musiciens: Robert Fripp, guitariste et leader de King Crimson, maestro des sonorités torturées et éclectiques; Pete Townshend, guitariste et leader des Who, prodige du jeu de guitare en rythmique ou encore Carlos Alomar, grand talent de la musique funk. Malgré tout ce beau monde, l'album n'est pas sans défaut. Si "Because You're Young" est un formidable morceau de pop synthétique il a, malgré tout, mal survécu à l'usure du temps. Quant aux longueurs de Teenage Wildlife (le titre le plus long de l'album; sept minutes), elles constituent, certainement, le talon d'achille du disque. Mais, néanmoins, ces quelques faiblesses n'arrivent pas à endommager la qualité de l'ensemble car Scary Monsters est, indéniablement, un des meilleurs disques de David Bowie au même titre que Hunky Dory ou Low.

Le reste du disque est, donc, constitué de magnifiques petites pépites qui ont leur place parmi les meilleures pièces de l'oeuvre de David Bowie. Les deux parties de It's No Game sont divinement endiablées et David Bowie offre une prestation vocale angoissée lançant quelques "la ferme !" au guitariste afin de cesser l'ambiance malsaine du titre. Up The Hill Backwards est une superbe ballade new wave entraînante et agréable. Scream Like A Baby est une des meilleures pièces du disque, un titre punk rageur où Bowie livre une prestation vocale de grande qualité. Kingdom Come est, aussi, un des meilleurs moments de l'album. Chose rare sur un album de Bowie, ce titre est une reprise de Tom Verlaine du groupe Television ! Quant à la chanson éponyme, c'est un petit bijou rempli de guitares stridentes, de choeurs ténébreux et de claviers sombres et lancinants.
Scary Monsters sort le 12 septembre 1980 sous une magnifique pochette de Edward Bell représentant Bowie dans un costume de Pierrot (que l'on retrouve dans le vidéo-clip de Ashes To Ashes) entouré par un remarquable lettrage calligraphié de style japonais. Ce disque est aussi un chant du cygne pour David Bowie, il met un terme à une période dix ans d'intense créativité qui aura vu naître quelques perles de la pop music. Après ce disque, David Bowie restera silencieux pendant quelques temps (à l'exception de l'enregistrement d'un titre avec le groupe Queen; Under Pressure qui sera un énorme succès planétaire) et son retour en 1983 avec l'infâme et cultissime Let's Dance marquera un certain recul artistique. Heureusement qu'il nous reste ces effrayants monstres pour nous consoler !
Chronique écrite par Mathieu (Mai 2008).