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 Bienvenue sur "Web Song": Site de chroniques musicales pour progueux et autres grands mélomanes.

Le site est en construction permanente et il est à nouveau en activité (après une pause trop longue à mon goût). Néanmoins, on peut déjà voir les albums qui seront chroniqués même si les chroniques sont, encore, en construction! A ce jour, le site possède 48 chroniques complètes. Bonne visite!

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Bowie (David): Hunky Dory (Glam rock)

 Hunky Dory (David Bowie/1971)




Jérôme Soligny disait que le simple fait de posséder Hunky Dory est suffisant au bonheur. On ne peut, guère, faire de compliment plus élogieux et, surtout, de compliment plus juste car c'est, bel et bien, avec Hunky Dory que le jeune caméléon de la pop va prendre son envol et s'imposer comme un des artistes solos les plus passionnants des années 1970. Peu d'artistes rock ont incarnés, autant, de genres musicaux différents que David Bowie (à part, naturellement, Frank Zappa qui reste un cas, totalement, à part). En quarante ans de carrière, le dandy pop androgyne aura pris les traits de différents personnages que ce soit Ziggy Stardust (étrange rock star extraterrestre), Aladdin Sane ou encore le Thin White Duke, aristocrate cocaïnomane. David Bowie fut tout ces personnages et il donna à la notion de concept-album ses lettres de noblesse. A travers ses personnages décadents, androgynes et sexuellement provocants, il est un des premiers chanteurs a avoir théâtralisé le rock de cette manière (avec Peter Gabriel qui, à l'époque, était le chanteur de Genesis) et il devient, en l'espace de quelques temps la tête de gondole du glam rock (mouvement androgyne qui sera rejoint par Marc Bolan et T-Rex, Roxy Music ou encore Queen).

Ch-ch-ch-changes ouvre les festivités de ce troisième disque que beaucoup considère, à juste titre, comme le premier grand disque de Bowie mais aussi comme son chef-d'œuvre. En effet, dès ce premier titre, David Bowie s'illustre comme un des compositeurs majeurs de la pop britannique (au même titre qu'un John Lennon, un Syd Barrett ou un Peter Hammill) et, surtout, comme un mélodiste implacable. Les chansons de Hunky Dory ont, toutes, ce délicieux parfum qu'ont les belles mélodies anglaises de la fin des années 1960 et du début des années 1970. Ces mélodies magiques venues d'ailleurs que l'on aiment chanter car elles nous rappellent des petites choses idiotes mais importantes à nos yeux. Écouter Hunky Dory c'est, un peu, comme lire un vieux journal intime rempli de souvenirs en tout genre qu'ils soient joyeux (Bowie évoque sa jeune paternité avec le très guilleret Kooks) ou sombres (la maladie grave de son frère est au cœur du poignant homérique final: The Bewlay Brothers). Hunky Dory est un des albums les plus intimes et les plus personnels du jeune londonien. Hunky Dory est aussi marqué par une très grande richesse au sein des compositions. L'album passe de la folk (Kooks) ou la pop (Oh ! You Pretty Things) au rock le plus endiablé (Queen Bitch) tout en passant par la musique de cabaret (Fill Your Heart). Enfin, Hunky Dory ne serait pas ce qu'il est sans "Life On Mars ?". Le tube cosmique par excellence avec Space Oddity. Une mélodie irrésistible au piano joué par Rick Wakeman (le claviériste du fameux groupe de rock progressif Yes), un chant d'un lyrisme foudroyant, des montées de tensions vertigineuses à la 2001: l'Odyssée de l'Espace et un des plus grands et des plus beaux classiques de la pop britannique. Incontournable ! Le titre est réhaussé par un texte dont la qualité littéraire est d'une évidence limpide et dont les références vont de John Lennon à Mickey Mouse se transformant en vache! La première face du 33 tours se conclut sur le ténébreux et profond Quicksand. Un morceau faisant, également, preuve d'une grande richesse littéraire. On y trouve des références à de nombreux personnages historiques que ce soit l'occultiste Aleister Crowley, Winston Churchill ou encore le nazi Heinrich Himmler. Bowie y chante qu'il n'est ni un prophète, ni un homme de l'âge de pierre mais simplement un mortel. Il exprime sa crainte d'une perte de puissance ("Ne croyez pas en vous.") et offre une conclusion pessimiste à l'existence humaine ("La connaissance vient avec la délivrance de la mort.").

Alors que la première face se referme dans une grande noirceur, la seconde face, quant à elle, s'ouvre sur un des titres les plus joyeux de l'album ! Fill Your Heart est une chanson de cabaret pop totalement réjouissante à l'élégance érotique, délicieusement, enivrante. L'ambiance beatlesienne a quelque chose de magique, le piano de Rick Wakeman est enjoué et la voix de Bowie gazouille tout le long de la chanson. Chose rare (et à préciser) sur un disque de Bowie, c'est une reprise (!) d'une chanson de Biff Rose. Bowie enchaîne avec deux hommages à deux grands hommes de cette époque. Le premier n'est ni plus, ni moins, que la figure de proue du pop art; Andy Warhol. Alors que Bowie lui rendait visite, un jour, à New York, il découvre que l'ascenseur de Warhol s'arrête devant un mur de brique. Pour Bowie, c'est le symbole de la nature impénétrable de cet artiste unique que fut Warhol d'où cette chanson aussi mystérieuse que réussie. Le second hommage est adressé à Bob Dylan dont la voix "de sable et de glue" reste une inspiration majeure pour Bowie. La galette continue de vibrer avec le titre suivant: le corrosif Queen Bitch. C'est une histoire de travestis et d'homosexuels qui squattent les boîtes de nuit de Babylone et qui aiment bien certaines pratiques que la "bonne morale" réprouve. Le morceau est porté par un riff de guitare de Mick Ronson, incroyablement, endiablé et vivant. C'est un rock efficace et urgent qui n'a pas pris une ride malgré les décennies qui passent comme en témoigne son utilisation dans de nombreux films (Que ce soit La Vie Aquatique ou encore Harvey Milk). Ce somptueux et raffiné disque de soie et de satin se referme sur son sommet et sur un des plus grands titres du maître de cérémonie: The Bewlay Brothers. Servi dans un sublime écrin de guitares acoustiques, The Bewlay Brothers est une pierre précieuse, le diamant noir de Bowie. Plus qu'une chanson, nous avons, ici, une confession. Bowie y parle de son frère gravement malade. Un frère dont la destinée n'est rien de plus que de vivre refermé sur lui pour, au final, s'éteindre dans des conditions tragiques ("Mon frère gît sur la pierre, il est peut-être mort.") Le morceau éclate dans des chœurs schizophréniques et paranoïaques donnant au morceau une dimension plus inquiétante qu'un film de Friedrich Murnau.

Moins réputé que The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars ou encore Aladdin Sane, Hunky Dory n'en reste, pas moins, un album bien supérieur. Si les deux classiques cités mettent en relief la théâtralité novatrice de Bowie, Hunky Dory, quant à lui, souligne de manière subtile les talents de Bowie en tant que chanteur, compositeur et parolier. Si on devait n'en garder qu'un seul (idée très réductrice mais que voulez vous!), ce serait celui-là. Hunky Dory est le manifeste de l'étonnante créativité dont jouissait Bowie à l'époque et il reste, encore aujourd'hui, un des disques essentiels de la pop britannique. Ah ! Hunky Dory ! Mon amour !

Chronique écrite par Mathieu (Juillet 2009).



 



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