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King Crimson 

10 octobre 1969 : sous sa fameuse pochette signée Barry Godber sort ce qui reste, probablement, le disque le plus emblématique de la pop britannique de la fin des années 1960. Car la véritable révélation de l'année 1969 ce fut, bel et bien, King Crimson tête de gondole d'un courant musical encore vierge : le rock progressif.
Soyons francs à ce sujet. King Crimson n'a pas vraiment inventé le rock progressif comme ont tendance à l'affirmer un bon nombre de scribouillards. Ce dernier existait déjà auparavant à travers des formations aussi diverses que les Mothers of Invention, Soft Machine ou encore les Beatles (A Day In The Life). Mais le rock progressif n'existait encore que dans une forme très embryonnaire et l'idée qu'on pouvait avoir de lui restait très floue dans l'ensemble. King Crimson a donc vulgarisé, dans le sens le plus noble qui soit, le rock progressif lui donnant des contours nets et une définition précise qui servira d'appui à un bon nombre de groupes de la décennie à venir.
Morceau le plus novateur de ce disque phare, 21st Century Schizoid Man ouvre les festivités dans une sorte de jazz-rock explosif, caricatural et terrifiant à l'image de la pochette de l'album. Les joutes entre les cuivres et la guitare de Robert Fripp sont magnifique réjouissantes et font de ce titre un véritable cheval de bataille pour la scène. I Talk To The Wind est une magnifique ballade de Ian McDonald (principal compositeur du disque, Fripp est encore très en retrait) dont le final sert de rampe de lancement au magistral Epitath. Sommet de l’œuvre marqué par ses sublimes arpèges de guitare et le chant prophétique de Greg Lake qui signe là ce qui reste, probablement, sa plus belle performance vocale de toute sa carrière.
Après une première face sans faute qui confirme le statut d’œuvre majeure de cet album, la seconde face s'avère plus décevante. Moonchild est certes une jolie chanson avec ses belles parties de guitare mais la jam minimaliste qui la succède sur une dizaine de minutes ne présente guère d'intérêt. Enfin, le morceau-titre qui clôt le disque possède une mélodie attachante mais souffre d'un usage des claviers et des chœurs (très emphatiques...) qui, aujourd'hui, paraissent très datés. Ces quelques bémols ne suffisent, heureusement, pas à mettre à mal l'ensemble du disque qui reste une référence dans son genre. Il suffit juste de se rappeler que In The Court Of The Crimson King est un des chefs-d’œuvre du rock progressif à défaut d'être LE chef-d’œuvre de ce dernier.
Chronique écrite par Mathieu (septembre 2013).