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 Bienvenue sur "Web Song": Site de chroniques musicales pour progueux et autres grands mélomanes.

Le site est en construction permanente et il est à nouveau en activité (après une pause trop longue à mon goût). Néanmoins, on peut déjà voir les albums qui seront chroniqués même si les chroniques sont, encore, en construction! A ce jour, le site possède 48 chroniques complètes. Bonne visite!

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Stevie Wonder: Innervisions (Soul Funk)

  Innervisions (Stevie Wonder/1973)  


 

Il était temps que la musique noire ait une place sur Web Song. C’est, maintenant, chose faîte avec cette chronique sur un grand monsieur de la soul et du funk (deux courants majuscules de la musique noire des années 1960 et, particulièrement, des années 1970). Stevie Wonder ? Un grand monsieur ? Et oui ! Oubliez, immédiatement, cet espèce de looney tune grotesque faisant le pitre sur les émissions de télévision américaines et composant des sucreries pop plus indigestes et nauséeuses les unes que les autres. Un clown pathétique qui n’est plus que l’ombre du formidable artiste qu’il fût car, en effet, de 1971 à 1976, le parcours de Stevie Wonder s’est montré comme étant fascinant, riche et, incroyablement et indéniablement, novateur. De Music Of My Mind à Songs In The Key Of Life, ce n’est que du bel ouvrage, une continuité musicale sans faute qui impose le respect, vous n’avez qu’à faire votre choix.


1971 est une année majeure dans l’histoire de la musique soul. What’s Going On de Marvin Gaye (que l’on peut considérer comme étant le Sgt Peppers de la soul) sort et fait rentrer, de plein pieds, cette musique dans une certaine maturité. Avec ce disque, la soul devient une musique adulte à la fois spirituelle et politique. On commence à aborder des thèmes tels que la pauvreté, la guerre du Vietnam, l’écologie ou encore à contester la politique de Richard Nixon à l’image de Stevie Wonder, justement, avec son He’s Misstra Know-It-All. Si Marvin Gaye apporte à la soul ses lettres de noblesse et son respect auprès d’un certain public, Stevie Wonder lui offre un degré de sophistication qu’elle ne possédait pas auparavant. Devenu indépendant depuis peu, son statut de chanteur, de multi-instrumentiste, de compositeur, d’arrangeur et de producteur fait que sa musique possède un potentiel dont très peu d’artistes de ce milieu peuvent se vanter. Avec ce disque, Stevie Wonder intronise la musique noire dans la culture pop (encore plus qu'avec Talking Book), il supprime la frontière entre musique blanche et musique noire et, de ce fait, il est considéré, à la fois, comme un grand chanteur noir mais, également, comme une figure majeure de la pop des années 1970 au même titre que David Bowie. Les raisons qui font de Innervisions un disque ouvert sont nombreuses. Tout d'abord, le plus évident, l'influence des Beatles (et, particulièrement, de Paul McCartney) se fait ressentir de bout en bout tout au long des neuf titres qui constituent ce joyau éclectique et notamment sur l'homérique final qu'est He's Misstra Know-It-All qui, mélodiquement, rappelle les grands moments de Abbey Road. La sensualité des grooves issus du funk et l'emphase du gospel en plus. Ensuite, le plus important probablement, l'intégration des technologies nouvelles dans la musique noire. Les synthétiseurs, qui jusque là étaient la propriété privée des formations psychédéliques (The Doors, The Who, Pink Floyd, etc...), font leur entrée en grande ponte dans la soul et le funk. Stevie Wonder banni les sacro-saints cuivres de sa grammaire musicale au profit du fender rhodes, du clavinet (clavier à cordes pincées) et, surtout, du fameux moog dont il est le maître autoproclamé et qui donnera, à certains de ses titres, ce fameux groove électronique, torride et élastique à l'instar du morceau d'ouverture; Too High. Notons, également, qu'il sera un des premiers (avec Sly Stone) à se servir, de manière subtile et intelligente, de la boîte à rythmes.


Enfin, élément non négligeable pour comprendre son succès auprès d'un si large public, notre maestro a une voix en or dont l'étendue et le timbre sont époustouflants. Capable de saisir un nombre impressionnant d'intonations et d'accents différents, il satisfait, de ce fait, le public noir (en conservant cette soul délicate et sensuelle) et le public blanc (en y ajoutant une hargne et une rage inédite, jusque là, dans le genre). Les "visions intérieures" qui constituent ce sublime disque de cuir noir et de satin blanc représente, certainement, le sommet de l'œuvre de Stevie Wonder. A ce stade de la chronique, je me demande, honnêtement, si le "track by track" est nécessaire puisqu'ici toutes les compositions atteignent des sommets de perfection qui imposent le respect que ce soit au niveau de l'écriture, tout comme au niveau de l'interprétation (Stevie Wonder joue de tous les instruments sur la moitié du disque). La grâce mélodique du maître devient chose évidente. La musique atteint un degré de complexité que seul une oreille bien éduquée peut saisir. Chaque instrument a un rôle bien précis, chaque note, chaque son est pensé dans ses moindres détails. Pourtant cette complexité paraît invisible car, à aucun moment, l'effort ne se fait ressentir. La complexité se mêle, ici, à une fluidité majestueuse offrant, ainsi, au disque une limpidité sublime à la fois posée et libre. Ne dit-on pas que les plus belles élégances sont celles qui ne se voient pas ? Les moments de bravoure et les tours de force ne cessent de s'enchaîner: la douceur ésotérique de Visions, le romantisme poisseux et sexuel de Golden Lady, la rage électronique de Higher Ground (qui sera reprise, et mutilée, en 1989 par les Red Hot Chilli Peppers), l'élégance fraternelle et spirituelle de Jesus Children Of America, etc... Enfin, il ne faut pas oublier de citer l'excellent Don't You Worry 'Bout A Thing; véritable manifeste de la diversité dont jouissait, à l'époque, Stevie Wonder qui, en l'espace de quatre minutes, mêle pop blanche, groove noir et rythmiques latinos. L'ensemble est rehaussé par une production implacable et, incroyablement, sophistiquée qui, à l'opposée des productions hollywoodiennes (dont sont, de plus en plus, friands certains groupes britanniques), offre une profondeur au disque.

La richesse de la pochette pourrait être un bon résumé pour Innervisions. Son esthétisme n'a rien à envier aux excentricités féeriques de celles de certains groupes de rock progressif. Ignorant la sempiternelle photo de l'artiste, c'est une pochette faisant la part belle à la diversité: culture noire et mysticisme psychédélique. Car Innervisions c'est, bel et bien, cela. Avec cet album, Stevie Wonder signe une oeuvre ouverte (donc plus progressive que l'intégrale de l'œuvre de Genesis ?), un chef-d'oeuvre de métissage culturel et musical et un des disques majuscules de l'année 1973. Oh yeah !


Chronique écrite par Mathieu (Janvier 2010).


  
 



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